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France Dimanche « Jérôme-Arnaud Wagner : l’écrivain de l’amour »

Jérôme-Arnaud Wagner : l’écrivain de l’amour

Par Anita Buttez – Le 20 juillet 2016 Lien vers l’article originale du Journal « France Dimanche »

arnaudRévélé grâce à internet, Jérôme-Arnaud Wagner nous avait ému aux larmes, avec son premier ouvrage autobiographique « N’oublie pas que je t’aime », relatant la brutale disparition de sa femme, âgée de 35 ans, le laissant seul pour élever leurs jumeaux de 4 ans. Nous avons rencontré celui qui vient d’éditer « La vie ou l’amour » son cinquième roman…

France Dimanche : Votre histoire d’amour avec votre femme Emmanuelle est toujours au cœur de vos romans. Cette fois, vos héros ont le choix entre la vie ou l’amour. Quel serait le vôtre ?

Jérôme-Arnaud Wagner : Dans ce livre, je confronte les deux héros, les deux faces d’un même être comme deux âmes jumelles, au fait que l’amour poussé à bout, est sacrifice total pour l’autre. Si on ne peut pas vivre sa vie ensemble, dans un premier cas de figure, c’est l’héroïne qui préfère perdre la vie pour lui, de façon à garder leur amour intact, en lui laissant les enfants. Et ça, c’est mon autobiographie, j’ai le sentiment étrange et curieux que ma femme s’est sacrifiée pour moi. Je n’arrive pas à me l’enlever de la tête. Elle a eu le choix et a préféré partir. Je n’avais pas encore abordé le thème de la culpabilité. Car, quand ma femme disparaît suite à une erreur médicale, je me suis reproché pendant des années de ne pas avoir tout fait, de ne pas avoir compris, et de ne pas avoir fait appel à d’autres médecins. Je me suis beaucoup culpabilisé et j’ai eu envie de le traiter d’une façon psychologique. En réalité, la bête noire qui vous poursuit, c’est vous même. A propos du sacrifice de l’un pour l’autre, je crois que c’est le sacrifice ultime de l’amour. Dans ce roman, le héros va pouvoir rejouer sa vie deux fois. Dans la première, il a ses enfants et l’amour de sa femme qui, certes est au ciel, mais qui continue à le pénétrer, à l’entourer. Et, quand au volant de sa voiture avec ses fils, il entend « papa », il se ravise, et pense qu’il n’a pas le droit de se tuer. Alors que dans la deuxième vie, il sauve sa femme, mais une voyante lui avait annoncé qu’ils ne pourraient pas vivre ensemble sur Terre. Se faisant, il doit sacrifier son amour s’il veut lui laisser la vie. Il vit donc sans amour, certes avec plein d’argent, mais son existence est sans intérêt, puisque cela va le pousser au suicide. Si j’avais ce choix à faire, bien évidemment, je me sacrifierais pour elle. Pour paraphraser Serge Gainsbourg, une vie sans amour ne mérite pas d’être vécue.

Lire aussi : notre première interview de l’écrivain : Même la mort ne nous a pas séparés

Roman la vie ou l'amourF. D. : Votre premier roman se vend t-il toujours ?

J.-A. W. : Je reviens d’un rendez-vous avec un producteur pour adapter « N’oublie pas que je t’aime » au cinéma. Je n’ai pas encore signé, alors je ne peux rien dire. Ce livre a dépassé les 100 000 exemplaires et continue à se vendre. Il est devenu une référence pour se reconstruire après un deuil.

F. D. : Ce livre est une déclaration d’amour à vos fils…

J.-A. W. : Après les ouvrages consacrés à ma femme, je voulais rendre un hommage à Julien et Mathieu, avec ce livre, qui devait s’appeler « Les fils du Ciel ». D’ailleurs, Mathieu a été le premier lecteur avant tout le monde. Il n’a pas pu le lâcher, et m’a dit qu’il était absolument stocké ! Il m’a fait un magnifique cadeau. Pourtant, il n’a lu aucun livre, même pas « N’oublie pas que je t’aime ». Mes enfants vivent dans le monde digital, et les jeux vidéo… A la disparition d’Emmanuelle, j’ai cru que je restais là pour mes fils. J’ai eu envie de me flinguer, mais je me disais que je n’avais pas le droit. Emmanuelle n’aurait pas apprécié ! Finalement, c’est eux qui étaient là pour moi. C’est grâce à eux que j’ai repris goût à la vie. Je n’ai plus du tout, envie de me supprimer. En fait, ils étaient mes guides. Je ne crois pas au hasard. Je viens de fêter leurs vingt ans, et je sais qu’ils vont partir vivre leurs vies. Nous sommes très complices, cette coquille que nous avons formé à trois, presque à quatre, parce qu’Emmanuelle a toujours été présente, ce sera donc une nouvelle séparation, une autre étape. Je voulais remercier « Mes fils du Ciel ».

« C’est parce qu’Emmanuelle est entrée en moi. »

F. D. : Vos livres reflètent une grande sensibilité et beaucoup de romantisme. On pourrait croire que l’auteur est une femme ?

J.-A. W. : J’ai beaucoup changé depuis mes 20 ans et l’HEC aux dents longues. On m’a souvent dit que j’écrivais comme une femme. J’ai totalement évolué depuis sa mort en novembre 2000. D’après moi, c’est parce qu’Emmanuelle est entrée en moi. Je suis double. C’est pour cela que les deux héros de ce livre s’appellent Emmanuelle et Emmanuel. Je continue sa vie, en continuant la mienne. Je ne prends aucune décision sans lui demander ce que je dois faire, notamment pour tout ce qui touche à nos enfants. J’ai écris mon premier roman à 11 ans. Passionné de lettres, cette sensibilité exacerbée était là au départ, mais elle était refoulée.

F. D. : Celui-ci est différent de vos autres romans ?

J.-A. W. : Mon expérience de vie et de mort qui détermine tous mes livres, avec les mêmes thématiques, l’amour la mort et le destin. J’ai un message à transmettre, avec des nuances. J’ai voulu écrire un livre plus choquant que les autres, plus psychologique aussi, et un peu plus sombre. On se gausse parfois de ma croyance en l’amour éternel, je crois toujours en l’amour victorieux. Certains pensent qu’il dure trois ans. Je sais qu’il dure au-delà de la vie. Je crois que le destin de l’homme n’est pas la mort. Le destin de l’homme c’est l’amour. C’est pourquoi, nous avons le choix entre la vie ou l’amour. Pour moi, Dieu et amour, c’est le même mot. L’énergie d’amour que nous avons généré avec ma femme est toujours là. C’est cela que j’appelle divin. C’est par l’écriture que je me connecte à cette énergie.

» J’ai la sensation d’entrer en connexion avec elle, par le biais de l’écriture. «

F. D. : Est-ce qu’Emmanuelle vous aide toujours à écrire ?

J.-A. W. : Quand j’écris, j’ai l’impression qu’il s’agit d’une écriture automatique. J’écris sous sa dictée, c’est quasiment une transe. Pour ce livre, j’ai mis assez longtemps avant de commencer, parce que la structure a été complexe à rédiger. Dès que je me lance, j’écris toujours très vite, d’un flot. Je ne me corrige pas, pour éviter de perturber l’inspiration. Je ne retrouve plus forcément ma femme dans les photos ou les vidéos que je connais par cœur, mais j’ai la sensation d’entrer en connexion avec elle, par le biais de l’écriture. Et, je me laisse guider.

» Ma mission est de transmettre ce message d’amour aux autres, pour que les gens croient en l’amour, et leur dire de ne jamais baissez les bras, même dans les moments de découragement. «

F. D. : Avez-vous des visions d’Emmanuelle ?

J.-A. W. : Non, je n’ai pas d’image, parce qu’elle n’est plus un être humain, c’est une âme. Je ne peux pas la considérer comme une femme, c’est une énergie qui est au fond de moi, et partout. Elle est dans cette mission que je me suis donnée, c’est à dire de transmettre ce message d’amour aux autres, pour que les gens croient en l’amour, et leur dire de ne jamais baissez les bras, même dans les moments de découragement. L’idée d’éternel recommencement m’intéresse, l’amour revient et recommence tout le temps. Cette espèce de récurrence, comme le phénix qui renait à chaque fois de ces cendres, c’est ça l’éternité. Il faut être confiant en la vie, parce qu’on la voit de notre petite lucarne, sans avoir la vue d’avion. Peut-être que les âmes que l’on croit avoir perdu, sont passées dans notre vie pour nous amener un certain nombre de chose, et sont très joyeuses. Je pense que tout à un sens. J’ai accepté sa disparition, et consenti à en faire quelque chose, elle m’a laissé un chemin, comme un jeu de piste.

« Emmanuelle communique avec moi à travers des signes, des rêves, des intuitions, et à travers certains médiums. »

F. D. : Vous communiquez toujours avec elle ?

J.-A. W. : Je vais voir des médiums, j’en parle d’ailleurs dans ce livre, et je crois qu’elle communique avec moi à travers des signes, des rêves, des intuitions, et à travers certains médiums. Et qui me pousse brusquement à écrire quelque chose dans l’urgence. Je ne sais pas pourquoi j’ai eu l’idée de ce livre. J’ai senti que c’était le moment de rendre hommage à mes fils. Et, je voulais dire aux gens : ne vous lamentez pas sur votre sort, parce que vous n’avez pas les clefs réelles. On ne sait qu’une seule chose, c’est que l’on ne sait rien, comme disait Socrate. Et, surtout transcendez ce qui vous arrive. Moi j’essaie d’en faire des livres et de transmettre cette expérience de vie et de mort. Mon écriture est particulière puisque je m’appuie sur ma vie, ici et au-delà. C’est elle qui m’a aidé à devenir écrivain.

Dans mon premier livre, je racontais que j’avais rencontré une vieille dame médium à Gordes, juste après le décès d’Emmanuelle. Elle m’avait dit : « Vous allez écrire un livre, ce sera un très gros succès, vous allez en faire un film. » Ai-je été influencé par ses propos ? Mais, ils se sont réalisés. Elle avait ajouté : « Votre femme a fait son temps sur Terre, et elle est monté dans des couches supérieures très vite, comme un ange, une âme. C’était son dernier voyage sur Terre. » Je ne crois pas au temps linéaire. Le temps de la montre n’existe pas. C’est une convention purement humaine, il change dès que l’on part dans l’espace. Je crois que le passé, le présent sont des notions humaines. En réalité je pense que le réel n’existe pas. Chacun crée le réel qu’il veut. Nous avons une destinée, avec des bouées par lesquelles on doit forcément passer.

Si Emmanuelle n’était pas décédée à la suite de cette erreur médicale, six mois plus tard, elle aurait peut-être eu un accident de voiture. Par contre, on reste le capitaine de son bateau, on peut baisser les voiles, tirer un bord… Il y a un libre arbitre. On est libre de son parcours, on est venu sur Terre pour ça, et on peut avoir plusieurs vies. Tant que sa mission n’est pas terminée on peut revenir. C’était le dernier voyage d’Emmanuelle, elle était là pour aimer, être aimée et enfanter. C’était peut être ce la dernière chose qu’elle n’avait pas fait dans ses vies précédentes. Elle est partie en me laissant ce cadeau avec la mission de transmettre ces messages au plus grand nombre. Je pense qu’il peut y avoir des mondes parallèles. Dans le conscient, et l’inconscient qui est plus développé, ce peut être les rêves, les intuitions… Ces réalités inconscientes appartiennent à notre personnalité.

« Quelqu’un qui a aimé, peut aimer à nouveau. »

F. D. : Etes vous tombé amoureux après Emmanuelle ?

J.-A. W. : Je pense que l’on peut aimer une femme, sans trahir la première. La femme avec qui je suis actuellement, n’est pas en rébellion avec Emmanuelle. Elle respecte ce que j’ai vécu, et a l’intelligence de comprendre qu’elle n’a pas une rivale. Mais quelqu’un qui a aimé, peut aimer à nouveau. On m’a souvent demandé d’arrêter de ressasser mon histoire. Je ne suis pas d’accord, c’est ma richesse, elle me donne envie de repartir. Quand je suis à nouveau amoureux, c’est un hommage en l’amour en général et à Emmanuelle. La seule façon de la trahir serait de ne plus croire en l’amour. Elle n’est plus une concurrente, puisqu’elle est devenue une âme. Plusieurs femmes ont espéré me faire oublier Emmanuelle, mais à chaque fois cela s’est terminé en échec. Je ne sais pas comment aurait évoluer notre histoire, comme Marilyn Monroe, on ne peut pas savoir ce qu’elle serait devenue. Nous aurions peut être divorcé…

Je voulais monter aussi qu’à une fraction de seconde près, un destin humain peut être changé intégralement. Je crois que, quelque soit le scénario, ce qui compte c’est leur amour. Cela ne sert à rien de changer le destin, autant l’accepter et tracer son chemin. Ce livre est assez philosophique.

F. D. : Dans ce roman, vous cherchez à percer le secret du temps et des mondes parallèles. Vous supposez que l’on puisse avoir plusieurs vies ?

J.-A. W. : Je me suis amusé à envisager des hypothèses. Je me suis laissé guider à écrire ces choses qui me taraudent depuis l’enfance. Et encore plus depuis sa disparition, qui a changé le cours de ma vie. Je comprends que l’on peut être désorienté en le lisant, mais j’ai eu envie d’emmener le lecteur vers ces hypothèses et de prendre des chemins de traverses sans donner des réponses d’ailleurs. J’ouvre des portes. S’il sauve sa femme, ce n’est pas forcément le meilleur scénario, et que c’est l’amour de ces fils qui est le plus important. Grâce à cette fin que je n’avais pas préméditée, j’ai tordu le cou à la culpabilité. Je crois à la force de l’esprit, des pensées. Comme le héros, mon pire cauchemar serait de perdre l’amour de mes fils. Rien ne permet de remplacer et de consoler cette perte. Rien n’a plus de prix que l’amour pour une femme, ses enfants, sa grand-mère. Il prend différentes formes. Mes enfants, c’est le plus grand cadeau qu’Emmanuelle m’a offert. Je suis à la fois, père et mère. Ils se reposent sur moi et moi aussi d’une certaine façon. J’ai beaucoup de chance de les avoir. Emmanuelle est aussi en eux.

F. D. : Le grand amour existe-t-il sur Terre ?

J.-A. W. : L’amour, c’est penser d’abord à l’autre. Je crois que le divin existe sur terre. Ces prêcheurs de morts, ces terroristes qui obligent à choisir entre la vie et la mort, pourtant, rien ne désarme autant que l’amour. Les Mandela, les Ghandi l’avaient compris. Ce sont les racines de l’existence humaine.

» Je suis convaincu d’avoir refait l’amour à ma femme, la nuit après son décès. »

F. D. : Avez-vous reçu d’autres signes d’Emmanuelle ?

J.-A. W. : Je suis convaincu qu’Emmanuelle nous protègent tous les trois. Les médiums me l’ont expliqué, c’est miraculeux la force de cette immense protection. Rien ne peut nous arriver. Le succès incroyable et inattendu du premier roman…

Je suis convaincu d’avoir refait l’amour à ma femme, la nuit après son décès. On va me prendre pour un dingue, mais j’ai décidé de parler de mon expérience, ça ne me dérange pas. J’ai eu le sentiment qu’elle était dans mon lit avec moi, qu’elle était contre moi, et de sentir son odeur, son parfum. Evidemment, je l’ai appelé 1000 fois par la suite, mais elle n’est jamais revenue. C’était comme un dernier adieu. Il est vrai que pendant une semaine après sa disparition, dans notre appartement, j’ai changé une dizaine de fois les ampoules, qui claquaient constamment. Et puis, cela s’est arrêté. Et cette histoire d’ascenseur… Quand l’hôpital me prévient que j’aurais juste le temps d’arriver avant son décès, et que j’arrive dans ces couloirs déserts, je reste bloqué dans cet ascenseur ! Les forces du mal m’ont joué un tour ? C’est sans doute l’âme d’Emmanuelle qui a refusé que je la vois ainsi et a bloqué l’ascenseur. D’après Stéphane Allix, un journaliste qui a enquêté sur l’après-vie (Le test édité chez Albin Michel), m’a confirmé que les défunts utilisent les ondes, l’électricité. Je suis convaincu de la présence de ma femme et de l’immortalité de notre amour.

Ce n’est pas contradictoire de vivre d’autres histoires d’amour. On est riche de ce que l’on a vécu.

Anita Buttez

 

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